lundi 1 mars 2010

Communication - quelques écoles

Introduction


La notion de communication est très large et nous n’avons pas la prétention d’en épuiser les multiples significations dans cet article. Cependant, en considérant les diverses théories qui se sont proposées d’étudier le phénomène de la communication dans les cinquante dernières années, on constate deux faits. D’une part, il semble y avoir une définition consensuelle de la communication, d’ordre général et technique. D’autre part, la notion de communication, lorsqu’elle est définie de façon plus détaillée par les tenants de ces théories, se voit porteuse de leur vision paradigmatique respective.

Nous nous proposons, dans un premier temps, de définir la notion de communication selon son acceptation générale et, dans un second temps, de rendre compte d’un nombre de définitions propres aux principales approches de la communication. L’objectif de cet article est d’ordre informatif. Nous ne comptons pas provoquer l’adhésion du lecteur à un quelconque paradigme, mais cherchons simplement à lui fournir une vision générale des multiples conceptions qui se rattachent à la communication.



1. Définition générale de la notion de communication

Ici, c’est à la communication humaine que nous nous intéressons. Elle peut se faire directement, de personne à personne, ou indirectement, par le biais d’un média. Nous la définissons comme suit : la communication est le fait ou l’action de transmettre de l’information ou un message. Cette notion nécessite l’adjonction d’une série d’éléments qu’il convient d’étudier lorsque l’on prend la communication comme objet d’étude.

Le premier élément est la dyade formée par l’émetteur et le récepteur du message. Le récepteur peut être un individu précis, tout comme il peut être pris dans le sens d’une masse indistincte. Par exemple, un ensemble des téléspectateurs regardant la même émission en même temps.

Le second élément est le processus de la communication, c’est-à-dire le cheminement ou le réseau qu’emprunte l’information transmise par le biais de la communication.

Le troisième élément est le message communiqué. Il se définit comme un ensemble de signes porteurs d’informations.

Le quatrième élément est le moyen de communication, soit le média employé lors de la transmission de l’information. Il peut s’agir d’un média naturel, tel que la parole ou le geste, mais il peut également s’agir de moyens technologiques, comme la radio, la télévision ou l’ordinateur.

Le cinquième élément à considérer est le contexte. D’une part, il y a le contexte dans lequel se déroule une communication particulière, qui détermine la signification du message (une même phrase peut avoir un sens différent selon qu’elle est énoncée, par exemple, dans un restaurant ou dans une église). D’autre part, il y a le contexte social dans lequel sont ancrés les médias et les acteurs qui participent à la communication. Prenons l’exemple de deux employés qui discutent dans la cafeteria d’une entreprise : ils ne tiendront pas les mêmes propos s’ils sont du même niveau hiérarchique que s’ils ont un rapport de type subordonné-supérieur. Prenons un autre exemple : un journal politiquement à gauche ne couvrira pas une campagne électorale de la même manière qu’un journal de droite.



2. L’approche psychologique contre l’approche sociologique

2.1 Le modèle stimulus-réponse

Le modèle stimulus-réponse, apparu dans les années 20 et 30, influence encore, de nos jours, la vision que le public a des médias. Il considère que les médias émettent des stimuli (des messages) qui entraînent une réponse invariable et prévue par les émetteurs de la part des récepteurs. Ce modèle s’applique essentiellement à la communication de masse, c’est-à-dire aux médias qui diffusent, à partir d’un point central et dans une direction unilatérale, le même message à une multitude de récepteurs. C’est le cas, par exemple, de la télévision et de la radio. Ainsi, la notion de communication se définit comme une relation inégale entre des médias aux effets puissants et des individus vulnérables qui réagissent selon le bon vouloir des émetteurs. Selon ce modèle, une publicité de Coca-cola provoquerait le réflexe conditionné, de la part de celui qui la regarde, d’acheter une boisson de marque Coca-cola.



2.2 Le fonctionnalisme

Dans les années 40, des chercheurs en sociologie ont remis en question le modèle stimulus-réponse en constatant que la perception des messages véhiculés par les médias variait d’un individu à l’autre, ce qui s’expliquait par l’influence de facteurs sociologiques intervenant entre le stimulus et la réponse (par exemple, l’âge, le sexe et la profession de l’individu). C’est dans ce contexte que les fonctionnalistes sont intervenus. Leurs théories trouvent encore, aujourd’hui, un large écho chez bon nombre de chercheurs en communication.



Selon le modèle « Two-step flow », les fonctionnalistes considèrent que la communication personnelle est plus efficace que la communication mass-médiatique et que les individus se conforment aux opinions de leur groupe d’appartenance, car ils en partagent les valeurs et les idées. Les médias ne font que renforcer les opinions des individus, car ces derniers sélectionnent les contenus qui véhiculent des idées conformes aux leurs. De plus, les messages médiatiques arrivent indirectement à destination des individus, car ils sont relayés par des leaders d’opinion. Le leader d’opinion est celui qui, fortement exposé aux médias, en infléchit les messages selon les valeurs qu’il partage avec les membres de son groupe d’appartenance.



Un autre modèle fonctionnaliste est celui des usages gratifiants, selon lequel les médias ne sont consommés par le public que s’ils offrent un contenu qui corresponde à leurs valeurs culturelles. Cela signifie que les besoins sociaux des individus déterminent quels contenus sont véhiculés par les médias. Ces contenus contribuent donc à renforcer des valeurs préexistantes.



Les fonctionnalistes s’intéressent principalement aux réseaux qu’empruntent les messages et aux obstacles qui peuvent nuire à leur acheminement. Le leader d’opinion est, à ce titre, un obstacle entre l’information diffusée par les médias et le public qu’il cherche à joindre, de même que les facteurs sociologiques du public et leurs valeurs, qui favorisent tel type de contenu plutôt qu’un autre. L’élimination des obstacles à la communication favorise l’équilibre des organisations en général et de la société en particulier. En effet, les fonctionnalistes considèrent les organisations comme des systèmes dans lesquels chaque partie (les humains ou les groupes au sein de la société) est en interrelation et en état d’interdépendance avec les autres parties. La communication est donc l’élément qui permet le bon fonctionnement du système, puisque l’absence de communication entre deux parties provoque un blocage qui paralyse le système en entier. À ce titre, on peut définir la communication comme un principe régulateur permettant à la société de trouver son équilibre et de se perpétuer. Le modèle des usages gratifiants rend également compte de ce phénomène de régulation, puisqu’en ne sélectionnant que les messages correspondant à leurs valeurs, les individus contribuent à faire de la communication un outil au service du statu quo, préservant la société de tout bouleversement rapide qui provoquerait son déséquilibre.

4. Le contexte des communications

4.1 L’école critique des communications

L’école critique est née d’une opposition aux théories dominantes des communications, dont le fonctionnalisme et le modèle du stimulus-réponse. Elle considère que les communications - en particulier la communication médiatique, mais c’est également valable pour la communication organisationnelle - doivent être étudiées en tant que phénomène global ancré dans la société, en considération des contextes historique, politique, économique, social et culturel au sein desquels il se déploie. Selon cette école, les individus n’absorbent pas les contenus des messages véhiculés par la communication tels qu’ils se présentent, en accord avec la signification que leur donne l’émetteur, mais ils les interprètent à leur manière, en considération de facteurs sociaux et psychologiques qui varient d’une personne à l’autre.

L’école critique s’appuie sur une analyse marxiste des communications. Elle appréhende les médias comme des entreprises capitalistes, lesquelles sont mues par le profit et se placent au service de l’idéologie capitaliste qu’elles légitiment. Les médias défendent les intérêts de la classe dirigeante au détriment de la classe ouvrière. Au sein des entreprises, la communication recèle des mécanismes verbaux favorisant la domination et la perpétuation du pouvoir exercé par la classe dirigeante sur ses subordonnés. Dans les médias et dans l’ensemble des entreprises, la communication est le véhicule de l’idéologie dominante et se trouve au cœur des messages de manière implicite. C’est dans le but d’isoler les contenus idéologiques de la communication qu’il faut faire appel au contexte, car le contexte illustre la dynamique de la lutte des classes et révèle les acteurs à qui profitent les messages.

L’école critique s’appuie également sur des concepts de l’école de Francfort, elle-même marxienne. Elle considère que les médias sont des constructions sociales déterminées par les valeurs, les goûts et l’idéologie de ses dirigeants, de ses gestionnaires et de ses producteurs. Ces constructions ont donc un impact sur les représentations sociales du public, surtout lorsque l’on considère que les médias prennent part à la socialisation des individus. Selon la perspective critique, l’économie n’est pas l’unique moteur des changements sociaux, car la culture en est elle aussi responsable. À ce titre, l’industrie culturelle massifie et transforme en simple marchandise la culture. Les contenus qu’elle véhicule, loin d’être subversifs, renforcent le statu quo, de manière à préserver l’organisation capitaliste de la société.

La communication, telle que définie par l’école critique, est donc un instrument de pouvoir et de domination qu’il faut replacer dans son contexte d’énonciation.

4.2 L’école interprétative

L’école interprétative s’intéresse à la façon dont les individus construisent la réalité sociale dans laquelle ils vivent et comment ils l’interprètent à travers les significations et les symboles qu’ils emploient et les comportements qu’ils adoptent. Les interprétations sont fondamentalement subjectives et, de ce fait, varient d’un individu à l’autre. Dans certaines situations, elles peuvent faire consensus. Pour en arriver à ce consensus, il faut que les acteurs engagés dans un processus de communication partagent des actions et des événements communs. En bref, il faut que le partage des significations s’inscrive dans un même contexte.

L’école interprétative s’intéresse à la culture partagée par les divers acteurs d’une organisation (que ce soit une entreprise ou un groupe social). La notion de culture renvoie à ce sur quoi repose la construction sociale partagée par ces acteurs, soit des histoires, des blagues, des mythes, etc. Ainsi, la culture repose essentiellement sur des éléments communicationnels et détermine la qualité de vie des membres d’une organisation.

Une telle approche peut s’appliquer aux médias, puisque les contenus que ceux-ci véhiculent sont déterminés par des individus qui interprètent la réalité sur une base subjective. Ces contenus sont des constructions sociales qui, lorsqu’ils sont diffusés massivement, contribuent au partage d’une culture commune au sein d’une société. La communication est donc génératrice de culture, de significations partagées.



Conclusion

Nous avons vu, à travers les multiples définitions que nous avons présentées, que la notion de communication est polysémique et mouvante. Au-delà d’une définition générale consensuelle, ces définitions sont le fruit de visions paradigmatiques diverses et, par le fait même, sont porteuses de l’idéologie des chercheurs qui les ont élaborées. Dans tous les cas, ces définitions démontrent la centralité de la communication dans notre société.

En présentant ces quelques écoles de pensée qui œuvrent dans le domaine de la communication depuis plus de cinquante ans, nous avons tenté d’offrir une vision claire de la notion de communication et nous espérons qu’elle guidera efficacement les personnes intéressées à approfondir le sujet.

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